31 mai 2007
1.l. El lago Titicaca
Mise en ligne du message: je 31 mai 2007, 21h10
Mise en ligne de l'album 1.12: je 31 mai 2007, 21h10
Il y a fort longtemps existait une vallee fertile, protegee par les Apus, dieux des montagnes. Aux hommes qui la peuplaient, vivant heureux et paisibles, ceux-ci n'interdisaient qu'une chose: l'acces a la cime des montagnes, la ou brulait le Feu Sacre. Pendant longtemps, les hommes ne penserent meme pas a enfreindre cet ordre divin. Mais le diable, esprit malin et vicieux, jeta la discorde en exhortant les hommes a prouver leur courage. Les fiers indiens partirent ainsi a la conquete des sommets interdits, mais furent surpris par les Apus. Par milliers, des pumas jaillirent alors des cavernes et se jeterent sur les hommes, dont les suppliques au diable resterent vaines et sans effet.
A la vue de ce triste spectacle, Inti, le dieu du Soleil, eclata en sanglots. Ses larmes étaient si abondantes qu'en quarante jours elles inonderent la vallee. Un homme et une femme seulement en rechapperent, sur une frele barque en jonc. Quand le Soleil brilla a nouveau, l'homme et la femme n'en croyaient pas leurs yeux : ils se trouvaient au milieu d'un lac immense, dans lequel s'etaient noyes les pumas transformes en statues de pierre.
Ils appelerent alors le lac Titicaca, le lac des "pumas de pierre".
Le lac Titicaca est un lieu sacre, et les mythes et legendes qui l'entourent sont legion. Il se dit par ailleurs que les premiers Incas, Manco Capac et son epouse Mama Ocllo, fils des dieux Inti (soleil) et Pachamama (terre), auraient surgi de ses eaux afin de civiliser le genre humain. Un baton d'or à la main, le couple fondateur chercha un lieu fertile ou celui-ci s'enfoncerait aisement dans le sol. Ainsi serait nee Cusco, vers l'an 1200.
Et c'est depuis Cusco, justement, que j'arrive en train jusqu'aux abords de cette immense etendue d'eau, grande comme quinze fois le Leman. Me voila donc a Puno, principale ville cotiere du lac, ou je suis bientot rejoint par Xiomara, niece de ma mama peruana a Arequipa, profitant de la proximite des deux villes pour visiter les alentours en ma compagnie. En fait d'alentours, notre choix se porte sur l'ile d'Amantani, reputee moins touristique que ses consoeurs Taquile, et surtout Uros. Nous n'echapperons malheureusement pas a ces dernieres, aussi appelees iles flottantes, situees a mi-chemin d'Amantani. Je dis bien malheureusement, car le tourisme de masse, dont nous devenons les complices involontaires, a transforme un mode de vie ancestral et unique en une veritable foire commerciale. A tel point que je me contenterai du copier-coller d'un texte trouve au hasard (et tres bien ecrit au demeurant) pour vous informer du pourquoi du comment:
Apres un trajet d’une demi-heure sur les eaux calmes du lac, les premieres iles commencent a se dessiner a l'horizon. Ce sont des sortes d'ilots artificiels, constitues a partir de plantes lacustres tres resistantes, appelees "totora". Celles-ci sont fermement enchevetrees les unes dans les autres pour former des surfaces planes et etanches sur lesquelles sont construites toutes sortes de petites huttes, de ce meme roseau, pour abriter les membres de la tribu Uros. Au treizieme siecle, l'ingeniosite et le desir de s'isoler et de se proteger des Incas, la tribu rivale a l'epoque, auraient conduit les Uros a cueillir les roseaux tapissant les hauts-fonds du lac, afin de s'amenager des plateformes flottantes sur lesquelles ils etablirent demeure. Meme si aujourd'hui, la race des Uros s'est pratiquement eteinte, les autochtones, issus d'un metissage d'Aymaras, de Quechuas et d'Uros, continuent cependant de perpetrer la fabrication traditionnelle des iles en superposant les "totoras", ajoutant regulierement de nouvelles couches au-dessus pour remplacer celles qui pourrissent au fond.
Source: http://www.participez.com/reportage.php?id=8
En milieu de matinee, nous debarquons enfin sur l'ile d'Amantani, ou nous sommes comme il se doit accueillis par les locaux. Car il n'y a pas d'hotel sur ce bout de terre de 9 km2, les familles du village mettant couche et repas a disposition des visiteurs, contre un maigre pecule. Il n'y a pas non plus de voitures, et c'est donc un plaisir tranquille de se prelasser sur les galets faisant office de plage, ou de rejoindre a pied l'une des deux collines surplombant le lac, et surmontees de ruines Inca et Tiahuanacu. Mais le lendemain arrive deja, et avec lui le temps pour Xiomara et moi de rejoindre la cote et de nous dire au revoir.
Direction la Bolivie, pour un pays que j'espere aussi riche en surprises et en satisfactions qu'a pu globalement l'etre mon sejour chez son formidable voisin, et qui m'inspire tout simplement les mots suivants: C'est l'Perou!* :-)
*A noter que cette expression est nee de la reputation d'extreme richesse du pays apres la conquete espagnole, les centaines de tonnes d'or et d'argent extraites des mines peruviennes et envoyees en Europe marquant alors l'imaginaire collectif. Malgre la realite actuelle, "C'est le Pérou" est encore utilise en parlant d'une grande fortune ou de quelque chose d'inattendu et de grand intérêt. Aujourd'hui, les plus jeunes d'entre nous diraient plutot: "graaave bien" ou "ca poutre!". ;-)
1.k. Cusco & Machu Picchu
Mise en ligne du message: je 31 mai 2007, 21h05
Mise en ligne de l'album 1.11: je 31 mai 2007, 21h05
Il fallait bien qu'une fausse note vienne un jour troubler le concert de louanges que je vous fais du Pérou. Ce moment est arrive, et c'est Cusco, ex-capitale inca et lieu mythique s'il en est, qui a paradoxalement le triste honneur d'essuyer les platres...
La ville avait pourtant tout pour me plaire, de par son histoire et sa situation geographique hors du commun: car perchee dans les Andes peruviennes, au confluent mythologique des mondes souterrain, visible et superieur de ses ancetres, celle dont le nom quechua signifie "nombril du monde" garde en ses murs de nombreuses traces de son glorieux passe, malgre les destructions ayant accompagne l'arrivee des Espagnols en 1534.
C'est d'ailleurs une Plaza de Armas encore deserte et baignee dans la magnifique lumiere du petit jour qui recueille mes premieres impressions, forcement positives, en ce matin du 6 novembre. Les colporteurs et vendeurs en tous genres etaient encore couches... Cela n'allait effectivement pas durer, car quelques heures plus tard, apres avoir pris mes quartiers dans une modeste auberge (El Mirador del Inca, joli nom n'est-ce pas?) conseillee par Angel, me voila assailli de toutes parts: souvenirs, bibelots, visites guidees de la ville, tarot, massages des pieds, propositions d'excursions, taxis, restaurants en tous genres et j'en passe. Parlons-on, des restaurants: impossible ou presque de mettre le grappin sur un etablissement proposant de la nourriture du pays, au milieu de toutes ces gastronomies occidentales (je finirai finalement par trouver la perle rare). Quelques petites vieilles rabougries, descendues de leur montagne en costume traditionnel, font de l'oeil aux photographes, agrippees a un lama fourbu. Je ne peux m'empecher d'imaginer ironiquement l'armailli, de bredzon vetu, exhibant sa Marguerite toute chenayee sur la place Georges-Python de Fribourg, en quete de quelques pieces. Une analogie pas aussi absurde qu'il y parait, en fait, Cusco etant un peu la Gruyeres peruvienne: une carte postale sans ame, une enveloppe vide.
Vous me trouverez sans doute bien severe (surtout les Grueriens :-p), et certaines circonstances exterieures ont peut-etre radicalise mon jugement. Le fait de me retrouver soudainement seul apres ces nombreuses semaines "en famille"? Possible. Il se peut aussi que la meteo ait negativement influe sur ma perception de l'endroit, car le soleil a vite fait place a une pluie tenace et de plus en nourrie, ce qui n'a pas manque de bousculer mes projets de balade a velo dans la Vallee Sacree toute proche. Quitte a finir mouille, j'ai alors opte pour une journee de rafting (activite reputee dans la region), mais celle-ci est egalement tombee a l'eau (...). Du coup, apres quelques timides visites de la ville et du musee local (tres interessant, ne crachons pas non plus dans la soupe), j'ai rapidement reporte mes espoirs sur la randonnee de cinq jours en direction du Machu Picchu.
Mon choix s'est arrete sur le trek denomme Salkantay, une variante encore peu courue du fameux Chemin de l'Inca (ou Inca Trail en anglais). Troncon mythique de l'immense reseau de communication que les Incas avaient etabli dans tout l'Empire, ce dernier est effectivement l'objet d'un commerce un peu trop juteux a mon gout, malgre les restrictions mises en place depuis quelques annees. Oubliez vos projets de partir en aventurier a la decouverte de la citadelle perdue, tel Esteban a la recherche des Cites d'Or (clin d'oeil aux trentenaires)! L'acces au Chemin de l'Inca ne pouvant desormais se faire que par le biais d'agences autorisees, il vous faudra sagement suivre le guide, apres vous etre deleste des 300 a 400 dollars vous donnant le droit d'en disposer. Tout ca pour dormir parmi plusieurs dizaines d'autres (riches) touristes occidentaux, et terminer votre periple au milieu d'une interminable file indienne. Aaah Corinne et Marc, je vous envie parfois d'avoir decouvert le Monde (ou du moins le Perou ;-)) quinze ans avant moi!
La variante Salkantay, du nom de la montagne qui domine la region visitee, privilegie la nature a la culture, la jungle d'altitude remplacant en grande partie les complexes archeologiques jonchant le parcours originel. Plus longue, et culminant a 4'650 metres, elle est aussi reputee physiquement plus coriace. Et a ce niveau-la, certains n'allaient pas etre decus...
Des le depart (reporte d'un jour en raison d'un eboulement, soi-disant), l'organisation sent carrement le roussi: ce n'est qu'a 6h00, avec un bon tour d'horloge de retard, qu'on vient me chercher a mon auberge pour me presenter a mes compagnons de fortune: une cohorte de dix (!) Catalans, alors qu'on m'avait promis une limitation a six touristes. Les Espagnols ne sont pas forcement ravis de me voir non plus (ni la Neerlandaise qui grossira encore nos rangs), persuades qu'ils etaient de pouvoir rester tranquillement entre eux (il s'agit d'un groupe de volontaires travaillant a Cusco pour le compte d'une organisation iberique). Histoire de saler un peu plus l'addition, j'apprends en route que l'excursion ne durerait que quatre jours au lieu des cinq initialement prevus, a la demande de Catalans presses par leurs obligations professionnelles. Aie. M'enfin, le moment des doleances viendrait bien assez tot, et decision personnelle est prise de ne pas gacher mon trek pour si peu, d'autant plus que notre guide me semble sympathique et que la bonne humeur s'installe rapidement au sein de l'equipe.
Sympa le guide, certes, mais un peu ole-ole, comme on dit. Car il faut faire preuve d'une certaine autorite, avec une escouade pareille! Deja que le bus a ete passablement retarde par le piteux etat de la route, et qu'il nous a fallu pres de deux plombes pour diner. A la pensee que le raccourcissement du trek fait de cette premiere journee la plus ardue, avec de nombreuses heures de marche a la cle et surtout le passage du col a 4'650 metres d'altitude, je peux sentir les problemes venir a plein nez... Je me souviens aussi de ces fameuses probabilites, qui ont sauve mon bac' de math' (benies soient-elles): en supposant que 20% de la population moyenne souffre du mal d'altitude, 10% de gelures aux extremites des zero degre Celsius et 15% de difficultes respiratoires apres quatre heures de marche, quelle est la probabilite de rencontrer l'un ou plusieurs de ces problemes dans une expedition composee d'une majorite d'Espagnols peu sportifs et vivant dans un climat mediterraneen au niveau de la mer ;-)?
Il serait pourtant injuste de m'acharner sur ces pauvres Catalans, qui font preuve d'une rare bonne volonte, voire d'un courage exemplaire. Car apres quatre heures d'effort (pour les plus lents) entre 3'000 et 4'650 metres d'altitude, par une temperature frolant les valeurs negatives, il nous faut faire face a bien pire: la grele d'abord, puis la pluie, la boue, quatre autres heures durant, dans une obscurite totale a peine mise a mal par nos faiblardes lampes frontales. De l'eau par trombes, tombant du ciel a grosses cordes, ruisselant de partout, inondant jusqu'a nos chevilles, transformant le moindre ruisseau en torrent dechaine. Des torrents le plus souvent traverses a l'aide de passerelles improvisees, moments durant lesquels je prefere ne pas penser a la consequence du moindre faux pas. Des conditions telles que meme nos guides semblent parfois perdus, au propre comme au figure, ce qui ne manque pas d'echauffer quelques-uns de mes collegues deja au bord de la crise de nerf. A 22h30, nous arrivons finalement a destination et trouvons refuge dans la minuscule cahutte d'un berger, une couche aqueuse de 10 cm empechant l'installation des tentes. J'observe avec etonnement et un certain amusement mes compagnons se debarrasser de leurs couches successives, aussi trempees les unes que les autres, malgre vestes et pantalons de pluie. C'est la que je me felicite d'avoir investi dans du materiel de qualite et que je remercie une fois de plus (interieurement) mes amis pour la belle et surtout efficace veste qu'ils m'ont offert avant mon depart :-). Testee et approuvee!
Le deuxieme jour, apres un interminable debat sur le bien-fonde de cette aventure auquel j'assiste presque en spectateur, nous allons finalement de l'avant, motives par une meteo plus clemente, une brume persistante ayant remplace les pluies diluviennes de la veille. L'occasion pour moi d'apprecier a sa pleine mesure le formidable environnement que nous offre cette jungle d'altitude, aide par les explications passionnantes de l'aide-cuisinier qui nous accompagne. C'est ainsi que je touche, hume, goute et teste toutes ces plantes bien connues des locaux pour leurs proprietes gustatives et/ou curatives, et que je surprends plus souvent qu'a mon tour l'etonnante faune qui habite ces lieux. Un bonheur n'arrivant jamais seul, le soleil vient meme nous titiller de ses chaleureux rayons, que certains mettent a profit durant la pause-diner pour faire secher leurs vetements de la veille. Le bonheur ne durant jamais eternellement, la pluie fait a nouveau des siennes en fin de journee (mais de facon plus moderee), la frequence et la duree prolongee de nos haltes nous obligeant qui plus est a y faire face de nuit, une fois de plus!
En comparaison de ces deux premieres journees physiquement eprouvantes, la troisieme s'avere etre une vraie promenade de sante: trajet en bonne partie motorise (a part les deux dernieres heures et demie, pour ceux n'ayant pas cede a la tentation du train), bains thermaux, festin concocte par notre incroyable maitre-queue, et nuit en hotel. De quoi se remettre d'aplomb avant la quatrieme journee!
Une derniere journee dont l'echauffement consiste, pour ceux qui le souhaitent (car des bus font la navette entre Agua Calientes et le Machu Picchu), a gravir a l'aube les hautes marches de pierre menant au site inca. 31 minutes de souffrance, en ce qui me concerne, puisque j'ai la bete idee de relever le defi du guide d'en mettre moins de 40 a rejoindre le sommet (il en faudra 46 au second :-p)! Une course frenetique qui contraste avec la serenite presque religieuse avec laquelle je penetre dans la cite sacree, encore noyee dans la penombre et le brouillard matinal. Je quitte alors mon groupe pour me poster en contrehaut de la citadelle, dont le role et le fonctionnement exacts restent encore sujets a de nombreuses interrogations. Construite au milieu du 15e siecle, elle aurait vraisemblablement ete abandonnee avant l'arrivee des Espagnols. Sa redecouverte, en 1911, mettra rapidement sa richesse architecturale et sa situation geographique unique, entre ciel et terre, au pantheon des plus beaux paysages crees par la nature et modeles par l'Homme.
C'est ce que j'allais bientot pouvoir constater de mes propres yeux, les epais volutes blancs se dissipant peu a peu et laissant progressivement apparaitre ce chef d'oeuvre de l'Homme et de la nature reunis, dans une atmosphere quasi surnaturelle. Encore une journee a marquer d'une pierre blanche...
Je passerai outre les ultimes peripeties de notre escapade (ratage du train a Agua Calientes, negociations avec la compagnie locale, arrivee tardive a Cusco, remboursement partiel par l'agence, etc.) pour garder le meilleur de cette expedition exigeante, et meme risquee, mais aussi pourvoyeuse d'emotions carabinees. A commencer par les forts liens de solidarite voire d'amitie que j'ai tisses avec ces Espagnols au grand coeur, chez qui j'ai d'ailleurs passe une grande partie de ma derniere journee a Cusco.
P.S. La photo ci-dessous n'est pas de moi (et pour cause!), mais comme elle est particulierement representative de l'exceptionnelle situation geographique du site, je vous la mets en bonus:

P.S. Toujours la, vous? He be, vous n'etes pas rancuniers! Pfiou, ca va etre difficile de vous resumer ces deux derniers mois dans un simple post scriptum, mais sachez que ce n'etait quasiment que du bonheur: New York m'a bluffe, San Francisco m'a ravi, bon... Hongkong et Bangkok ne m'ont pas exactement enchante, mais le Myanmar... aaah le Myanmar, il faut vraiment que je vous raconte ca avant mon retour (c'est ca, ricanez)! Et la Thailande, aussi, puisque je me trouve actuellement dans le centre-est du pays, grandement epargne par le tourisme. Je me suis extirpe il y a peu du domicile d'Alexandre, une vieille connaissance installee a Korat, chez qui je me suis incruste deux semaines (le pauvre :-p), et viens d'obtenir mon visa laotien en vue de mon prochain passage de frontiere (demain normalement). Tout ca pour vous dire qu'afin d'accelerer les choses, je ne vais desormais poster qu'un message par pays visite, en plus de la presentation generale a laquelle je tiens (celle de la Bolivie est deja faite, en plus). De toute maniere, j'ai renvoye mes guides et certaines notes personnelles en Suisse, et comme ma memoire flanche... Et puis bon, je ne suis pas dupe, hein: seules les photos vous interessent, je l'sais bien! ;-)
1.j. Vole, petit gypaete!
Mise ligne du message: je 31 mai 2550... euh 2007, 21h00
Naissance du premier gypaete en liberte en Suisse depuis 122 ans
Un petit gypaete barbu est sorti de son oeuf fin mars au col de l'Ofen, dans les Grisons, au-dessus du Parc national. Cela n'etait plus arrive en Suisse depuis 122 ans. Deux autres couples de ces vautours couvent actuellement dans les Grisons et en Valais.
Les ornithologues ont observe les parents en train de nourrir leur petit, mais pas le bebe lui-meme, a indique Chasper Buchli, de la fondation Pro gypaete barbu qui confirmait une information des "24 heures" et de la "Tribune de Geneve".
Le petit rapace a probablement pointe le bout de son bec entre le 20 et le 25 mars, selon M. Buchli. Il faut remonter a l'annee 1885 pour trouver la derniere reproduction de gypaete en liberte en Suisse, plus precisement a Vrin dans les Grisons. Le grand rapace a par la suite ete extermine par l'homme, pour etre reintroduit a partir de 1986. Quelque 140 oiseaux nes en captivite ont ete relaches depuis dans les Alpes, et on denombre une trentaine de naissances en liberte.
Le gypaete barbu est le plus grand oiseau d'Europe. Ses ailes peuvent atteindre une envergure de trois metres. Il se nourrit principalement d'ossements d'animaux morts et peut vivre jusqu'a 45 ans. L'incubation des oeufs dure entre 55 et 60 jours. Une fois hors de la coquille, le petit reste environ quatre mois dans le nid avant de prendre son envol.
Source: © AFP
Les amoureux de la nature ont peu de raisons de se rejouir par les temps qui courent, mais voila une nouvelle qui leur rechauffera le coeur. C'est du moins mon cas, d'autant plus que l'actualite de ce splendide vautour me passionne depuis qu'un camion pedagogique du WWF est passe par l'ecole de mon village, quand j'avais 11 ans. J'en ai affiche le poster au-dessus de mon lit pendant des annees, et me suis indigne lorsqu'un braconnier imbecile a abattu "Republic V" en 1997 en Valais. L'observation dans son environnement naturel de l'un de ces remarquables volatiles reste l'un de mes reves de randonneur. Que le vent te porte, petit gypaete!

Pour en savoir plus sur la bete: http://www.oiseau-libre.net/Oiseaux/Especes/Gypaete_Barbu.html
21 mars 2007
1.i. Cañon del Colca
Mise en ligne du message: me 21 mars 2007, 21h10
Mise en ligne de l'album 1.10: me 21 mars 2007, 21h10
Après la fantastique mais trop courte expérience du parque Huascarán, il me tardait de repartir à la découverte des nombreux trésors naturels que comptent le Pérou, et dont le Cañon del Colca semblait bien faire partie. Vanté comme le deuxième canyon le plus profond de la planète (son voisin le Cotahuasi décrochant la palme), sa profondeur maximale atteint 3'269 mètres, soit plus de deux fois celle de son célèbre cousin américain le Grand Canyon, dont la verticalité reste toutefois ici inégalée.
Devant l'impossibilité d'en trouver une carte un tant soit peu détaillée, et au vu des avertissements conjoints de ma famille d'accueil, de différents tours opérateurs locaux et de mon guide papier ("c'est très dangereux", "on peut s'y perdre", "certains touristes ont été détroussés"), je me résous à contre-coeur à passer par le biais d'une agence. Le tarif est au moins doux: 155 soles (soit 62 francs suisses) pour le guide, le transport, les repas et deux nuitées sous hutte dans le canyon, auxquels il faut ajouter les 35 soles du boleto turistico (eh oui, même les sites naturels se paient au Pérou).
C'est à l'aube du samedi 28 octobre que je découvre mes compagnons de randonnée: Angel le Madrilain, Cindy la Néerlandaise, Michael l'Irlandais, ainsi que Nuria et Roberto, un couple de Barcelonais. Autant d'Européens accompagnés par Geraldin (eh oui soeurette) et Victor, nos deux jeunes guides péruviens, pour une majorité d'hispanophones (Catalans inclus... chuut!) qui n'est pas pour me déplaire.
Quatre heures de bus plus tard, nous atteignons la petite ville de Chivay, qui surplombe le canyon à une altitude de 3'633 mètres. Si le canyon ne revendique ici que le tiers environ de sa profondeur maximale, la cinquantaine de kilomètres nous séparant de Cabanaconde, 3'290 mètres d'altitude et terminus routier du jour, n'en est pas moins l'occasion d'admirer un paysage de toute beauté, magnifié par la présence particulièrement spectaculaire des andenes. De quoi regretter amèrement de ne pouvoir poser pied à terre...
Cette première déception est néanmoins vite balayée par le premier repas en commun qui nous attend à Cabanaconde, et qui nous permet surtout de briser la glace tout en prenant connaissance du programme des réjouissances: l'objectif du jour consiste à rejoindre le village de San Juan de Chuccho, situé de l'autre côté du rio Colca, à environ 3h30 de marche et 1'000 mètres de dénivelé négatif. Demain, il s'agira plus ou moins de longer le canyon vers l'aval de la rivière qui l'a creusé, pour parvenir en début d'après-midi à l'Oasis Paraíso, un lieu où, nous dit-on, il fera bon s'adonner au farniente. Tout ca pour faire passer la pilule du troisième jour, qui nous verra gravir dès 2h30 du matin les 1'200 mètres de dénivelé (positif cette fois!)nous séparant de Cabanaconde, dans le but de parvenir à la fameuse cruz del condor, un mirador fameux, aux heures matinales où le seigneur du canyon daigne généralement pointer le bout de son bec. Retour à Arequipa en fin d'après-midi.
C'est donc le sourire jusqu'aux oreilles et des étoiles pleins les yeux que nous partons, main dans la main, en chantant à tue-tête "Imagine" de John Lennon (comment ca j'en fais trop?!). Quoi qu'il en soit, cette randonnée ne sera à partir de ce moment-là qu'un long moment de bonheur: paysages magnifiques, météo clémente, guides compétents et adorables, organisation sans défaut, le tout baigné dans une ambiance de groupe excellente à tout point de vue. Le pied.
A tel point qu'à la veille du retour programmé à Cabanaconde, je me suis retrouvé devant un choix cornélien, partagé entre l'envie de prolonger en solo mon séjour dans ce lieu enchanteur et celle de finir l'aventure avec cette bien sympathique petite troupe. L'appel du canyon aura finalement été le plus fort, et c'est donc dans l'ascension du versant opposé à celui emprunté par mes compagnons que je me lance cette nuit-là, en direction d'un village et d'une cascade dont on m'a respectivement loué l'authenticité et la beauté. Une nuit d'encre, à l'obscurité uniquement troublée par les lumières dansantes de quelques lointaines lampes frontales, ainsi que par les flammes bien réelles des torches de quelques muletiers locaux un peu surpris de me croiser sur leur chemin.
Du promontoire jusqu'auquel je me suis hissé, je prends le temps de profiter du spectacle qu'offre le lever du soleil à mes yeux ébahis, chatouillant timidement les versants rocheux de ses premiers rayons rougeâtres, avant d'embraser le canyon tout entier. Je poursuis ensuite mon bonhomme de chemin en direction du village de Fure, situé dans une vallée transversale totalement préservée du tourisme organisé. Un indigène me confie d'ailleurs qu'il ne vient qu'un ou deux touristes par semaine dans cette localité dépourvue de téléphone et d'électricité, et vivant toujours au rythme des ancêtres qui l'ont fondée. Une moyenne mise à mal en ce lundi 30 octobre, puisque j'y rencontre un couple improvisé formé d'une Etats-Unienne et d'un Australien, ayant passé la nuit sur place. Les rejoignant à la modeste table faisant office d'auberge locale, j'avale goulûment le plat du jour composé de riz et d'oeufs brouillés.
[A suivre...]
P.S. Message péniblement posté de Mérida, capitale de la province du Yucatán. Péniblement, car je suis loin de me sentir en verve littéraire depuis quelque temps. Un état de fait qui n'est heureusement pas lié à mon moral, au beau fixe depuis mon très chouette séjour à San Cristóbal de las Casas. J'y ai notamment fait la connaissance de Meirav et Ido, un couple d'Israëliens avec qui j'ai passé le plus clair de mon temps, et vécu l'une des meilleures soirées de mon voyage (sans savoir si les deux tequilas avalées "cul sec" y sont pour quelque chose... :-p). Après une courte mais agréable étape à Palenque, histoire d'admirer le magnifique site archéologique du même nom, ainsi que dans la jungle voisine, je suis arrivé ce matin dans le Yucatán, où je visiterai dès demain les fameuses ruines de Chichén Itzá. Fin de l'aventure mexicaine, et latine-américaine par la même occasion! Je m'envole en effet vendredi depuis Cancún, direction New York, où je resterai finalement jusqu'au 31. Puis San Francisco jusqu'au 5 avril, et Hongkong du 6 au 10 avril, qui est aussi la date de mon arrivée à Bangkok. J'y resterai quelques jours, le temps d'obtenir ce précieux sésame qu'on appelle visa, avant de foncer vers la Birmanie/Myanmar. Vous avez bien compté, cela fait cinq avions en trois semaines. Que voulez-vous, on a les moyens de locomotion qu'on mérite... ;-) <-- plaisanterie totalement suffisante et dénuée de sensibilité écologique!
15 février 2007
1.g. Arequipa
Mise en ligne du message: je 15 février 2007, 17h30
Mise en ligne de l'album 1.09: je 15 février 2007, 17h30
Quitter Lima, et le confortable cocon que je m'y étais progressivement aménagé, n'a pas été facile, et ce n'est pas sans un pincement au coeur que je suis monté dans le bus pour Arequipa, en ce dimanche 22 octobre. Quelque mille kilomètres et 14 heures à revivre le film de ces trois premières semaines, certes, mais également à me réjouir de découvrir les autres facettes de cet étonnant pays.
Je n'arrivais pas en territoire totalement inconnu, il faut dire, Mario m'ayant chaleureusement recommandé auprès de son cousin Wilber. C'est donc avec un numéro de téléphone en poche que je débarque dans la "Ciudad Blanca" (tout le monde aura compris, non?), deuxième ville du Pérou avec son petit million d'habitants. Celle-ci n'a pourtant pas grand chose en commun avec sa grande soeur. Le climat, déjà, y est particulièrement clément: des températures diurnes ne descendant jamais en-dessous des 20º, malgré une altitude de 2'380 mètres, et un soleil brillant 360 jours par an, avec une moyenne annuelle des précipitations inférieure à 150 mm. Il faut dire qu'Arequipa se trouve dans le prolongement du désert chilien de l'Atacama, considéré comme le plus sec au monde. En ce qui concerne le contexte géographique, point d'océan, mais trois imposants volcans: le Misti (5'822 mètres d'altitude), cône parfait et icône locale, le Chachani (6'075 m) et le Pichu-Pichu (5'669 m). Les deux premiers cités ont d'ailleurs donné son surnom à Arequipa, en fournissant à ses fondateurs espagnols une pierre volcanique de couleur blanche, dénommée sillar. Et le résultat est somptueux, croyez-moi! A tel point que je n'ai pu réprimer un murmure d'admiration au moment de déboucher sur la Plaza de Armas, au premier jour de mon arrivée: sobriété et majesté, tels sont les maîtres-mots de l'architecture d'un centre historique plutôt reposant, d'ailleurs, loin de la frénésie de la capitale. Car si la voiture y reste omniprésente, Arequipa a malgré sa taille su préserver l'atmosphère d'une ville de moyenne envergure.
Mais je m'égare... J'empoigne un téléphone public, donc, et compose le numéro griffoné par Mario. Une voix de jeune fille me répond, et j'obtiens après quelques minutes de baragouinage en espanglais (...) ce qui ressemble de loin plus que de près à une adresse (à deux adresses, en fait, de quoi me laisser circonspect). Je hèle un taxi et lui montre victorieusement mon résultat, sans que cela ne semble éveiller en lui la moindre lueur de réminiscence. Le second taxi fait preuve de plus de professionalisme (ou d'imagination), et je me retrouve 10 minutes plus tard sur le seuil de la maison de la famille Carpio. Nilda, la maman, est là pour m'accueillir, ainsi que Rocío (un prénom que je mettrai plusieurs jours à comprendre *honte*), la jeune fille du téléphone, âgée de 17 ans. Hasard ou coïncidence, il se trouve que c'est à nouveau un jour d'anniversaire que j'ai choisi pour débarquer, celui du fils Jose (22 ans) en l'occurrence: l'occasion de connaître toute la famille d'un coup, pratique! C'est ainsi que je vois défiler le grand-père paternel, les cousins, les cousines et les tatas, tous plus ou moins curieux de savoir ce que cette grande gicle (eh oui, au Pérou, je dénote un peu) toute maigrelette (bis) peut bien faire ici. Je passe ainsi une première soirée assez incroyable, au centre de toutes les attentions, et cible régulière des plaisanteries de l'aïeul Don Jose, un fier Quechua bon pied bon oeil.
La maison n'est pas grande, et c'est sur un matelas posé à même le sol de la minuscule chambre de Jose que je passe ma première nuit, après une demi-heure de rudes négociations (et la menace de partir sur le champ, véridique!) pour que ce lit de fortune me revienne à moi plutôt qu'à lui. Après un réveil difficile (toute la famille se lève à 5h45 en semaine), je profite de ces heures matinales pour effectuer mes désormais quotidiennes lecons d'espagnol (merci Aude pour ton indispensable bouquin, qui a perdu un peu de sa fraîcheur ;-)). Un apprentissage plus utile que jamais, les connaissances réunies des membres de la famille dans la langue de Shakespeare étant comparables aux miennes dans celle de... Cervantes, c'est-à-dire tout à fait insuffisantes pour communiquer convenablement. Ce qui ne m'a pas empêché de passer une excellente matinée en compagnie de Carlos, neveu de Wilber, et de sa femme Jessica, avec au programme la visite motorisée des environs de la ville: Molino de Sabandía, Mansión del Fundador, Mirador de Sachaca, sans parler des andenes (terrasses agricoles) pré-incas caractéristiques de la région.
Mais point de répit: une deuxième soirée bien animée m'attend, puisque c'est au tour de Nilda de fêter son anniversaire, le même jour que sa soeur Carmen! La famille, au sens large du terme, a mis les petits plats dans les grands: cocktails (dont l'inévitable Pisco Sour), petits fours, barbecue, et un groupe de Mariachis un peu éméchés mais plutôt efficaces. Ambiance garantie, comme vous pouvez le constater sur les photos de l'album 1.09!
Le lendemain, je pars enfin à la découverte du vieux Arequipa, dont j'ai déjà fait les louanges, et de ce qui lui tient lieu de joyau: el Monasterio de Santa Catalina. Comme son nom ne l'indique pas, ce sont des religieuses que cette véritable ville dans la ville accueillit dès sa fondation en 1579, moins de 40 ans après l'arrivée des Espagnols. On attribue d'ailleurs à l'une d'entre elles, Soeur Ana de los Angeles Monteagudo, différentes prédictions et différents miracles. Béatifiée par Jean-Paul II en 1985, elle est toujours l'objet d'un culte bien vivace.
Les jours suivants passeront au rythme de mes visites de la ville et notamment de ses nombreuses églises (qui ont aussi valu à Arequipa le surnom de "Rome des Amériques") au bras de Susana (rencontrée dans l'avion Madrid-Lima, souvenez-vous), des petits plats concoctés par Nilda et sa soeur Nelba (chez qui j'ai également séjourné quelques jours), et des balades nocturnes dans la voiture familiale, le tout entrecoupé d'une magnifique excursion au célèbre Cañon del Colca (prochain chapitre). Autant dire que le temps passe vite, dans ces conditions-là, et que mon séjour sur place s'est rapidement prolongé au-delà des quelques jours initialement envisagés!
Je m'y sentais tellement bien, d'ailleurs, dans cette formidable famille d'accueil, que j'y reviendrai quelques semaines plus tard pour y passer la Navidad, après ma parenthèse bolivienne. Les adieux furent difficiles, malgré ma promesse sincère qu'ils ne seraient en aucun cas définitifs, et j'ai encore en tête l'image de mon autoproclamée mama peruana, un mouchoir à la main, essuyant discrètement quelques larmes au coin de ses yeux. Formidable, j'vous dis.
P.S. Message posté de Rio Gallegos (sud-est de l'Argentine), dans l'attente de mon bus pour Buenos Aires. Un trajet de 35 heures qui ne sera pas de trop pour me remettre de ce dernier mois plutôt sportif, dans des conditions climatiques oscillant entre le pire et le meilleur: bienvenue en Patagonie! Une Patagonie qui aura d'ailleurs eu raison de ma tente, de mes chaussures de marche (ou presque), de mes lunettes, et de ma cheville (qui a doublé de volume suite à une méchante entorse)! Mais pas de ma soif de découverte, il va sans dire, puisque c'est avec une impatience croissante que je fais le décompte des jours me séparant de mon arrivée en territoire mexicain, le 19 février prochain. Je vis ainsi les derniers moments de ce voyage sur le continent sud-américain. Il y en aura d'autres, c'est une certitude.
17 janvier 2007
1.f. Les quartiers spontanés
Mise en ligne du message: me 17 janvier 2007, 19h30
Mise en ligne de l'album 1.08: me 17 janvier 2007, 19h30
Samedi 7 octobre 2006. Je me lève péniblement vers 8h30, après quatre petites heures de sommeil. Il faut dire que la fête a battu son plein, hier, au Del Carajo! (album 1.05). Le départ du "Mirabus" est fixé à 9h30, pour trois heures assez longuettes de déambulations à travers la ville. Une piqûre de rappel de toutes les images emmagasinées depuis mon arrivée, en quelque sorte, où l'inédit se fait rare. Mais je suis loin de me douter de ce qui m'attend dans les heures à venir...
A mon retour chez Ursula, je retrouve Jessica en compagnie de Mario, un ami travaillant pour la municipalité de Lima. C'est un homme d'une quarantaine d'années, très charismatique, et avec qui j'ai immédiatement un excellent contact, malgré nos difficultés de compréhension réciproques. Nous partons bientôt pour le port de pêche traditionnelle, où Mario a semble-t-il une réunion de travail dont je ne connais pas la teneur. Après le petit tour en bateau qui donnera l'album 1.03, quelques pêcheurs nous rejoignent sur le quai. L'un d'entre eux ne me quitte pas d'une semelle, et il me faut quelques minutes pour comprendre le rôle de protecteur qu'il s'est attribué, indiquant tacitement à la ronde mon statut d'invité, et non pas de touriste égaré. Une grande tablée nous attend, et je saisis bientôt l'enjeu de cette réunion, aidé par le résumé de Mario et la traduction de Jessica.
Les personnes présentes sont en fait les représentants de 15 quartiers formant Chorrillos, un bidonville fondé le 1er janvier 1999 et situé comme beaucoup d'autres à flanc des collines de terre entourant Lima. Les bidonvilles, ou "quartiers spontanés" (selon la dénomination officielle des Nations Unies) se distinguent par le fait qu'il se construisent de facon sauvage dans des zones non cadastrées et sans planification urbanistique préalable. Aujourd'hui, Chorrillos regroupe plus de 5'000 habitants, soit la population d'une ville comme Romont, ou trois fois celle de villages comme Neyruz, Hauterive ou encore Farvagny. Au total, on estime à 350'000 (soit la population de... Zurich, plus grande ville suisse) le nombre de Péruviens ayant gonflé les chiffres de l'exode rural par leur migration vers la capitale, à la recherche d'une vie meilleure, en même temps que ceux de ces quartiers spontanés dépourvus de statut légal.
Et c'est dans ces derniers mots que se trouvent tout l'enjeu dont je parlais un peu plus haut: la régularisation d'une situation tolérée mais pas moins illégale, sans laquelle l'accès à la plupart des services publics et aménagements urbains est impossible: installation d'égouts, revêtement des chaussées, mise en place d'un service de voirie, ou encore desserte en eau courante et en électricité. Mais la bénédiction municipale et l'obtention du titre de propriété tant espéré restent suspendues au respect de certaines normes, au premier chef desquelles la sécurité: construction de murs de protection, de voies d'accès sécurisées, etc. C'est sur ce point que des organisations humanitaires comme EcoPro, au sein de laquelle travaille Jessica, peuvent intervenir, par l'apport de moyens logistiques et/ou financiers.
Après quelques palabres et une collation aux allures de festin (ceviche, poisson frit et soupe de crabe, que j'avais presque mauvaise conscience à déguster), sans oublier une séance de photo-portraits à laquelle chacun se prête avec bonne humeur, nous partons pour une visite informelle et improvisée de Chorrillos, à la nuit tombante. Mes battements de coeur s'accélèrent à mesure que notre modeste véhicule tente péniblement d'accéder aux hauts quartiers (géographiquement parlant...) de Lima. Je crois qu'à partir de ce moment, un long frisson parcourera mon échine pendant les deux heures que dureront mon incursion dans ce qu'il convient d'appeler un autre monde. Les photos (dont vous trouverez un apercu dans l'album 1.08), que l'on m'encourage à faire en guise de témoignage et en vue de la constitution d'un dossier pour EcoPro, parlent d'elles-mêmes, mais ne sauraient rendre l'indicible sensation de se retrouver derrière l'objectif, voyeur autorisé d'une bien triste réalité. Ici, des enfants accourent en me gratifiant de leur plus beau sourire; là, un des chefs de quartier me présente avec fierté sa famille et les tôles qui leur tiennent lieu de maison; un peu plus loin, des adolescents pratiquent leur sport favori sur un terrain de fortune ("le match s'arrête quand il n'y a plus de ballon!", me lance un accompagnant rigolard, en pointant du doigt le ravin longeant la place de jeu); juste à côté, un camion-citerne remplit le réservoir public d'une eau contaminée pourtant payée au prix fort, sans que personne n'y puisse rien. Nous voilà bientôt emmenés au sein de la fête d'anniversaire d'une fillette du village, où je ne manque d'ailleurs pas de m'illustrer (cela n'étonnera pas grand monde) en intégrant avec enthousiasme la ronde dansante des petits péruviens présents.
Le trajet du retour se fera dans un silence quasi-religieux, le temps de digérer les événements d'un après-midi un peu irréel et d'encaisser le véritable choc émotionnel que ceux-ci ont provoqué. Il me faudra ce soir-là passablement d'abnégation pour ingurgiter le pourtant excellent repas concocté par Agnes, la faute à un estomac encore tout retourné par les péripéties du jour.
Samedi 14 octobre: rebelote. Mais cette fois-ci, la visite est officielle, un sociologue de la municipalité et deux représentants d'une organisation humanitaire espagnole accompagnant désormais Mario et Jessica. Et l'un des chefs de quartier de s'exclamer, au moment des présentations, juste après que Jessica ait précisé que je ne parlais pas espagnol: "pero baila!" ("mais il danse!"), dans l'hilarité générale :-). Ces gens n'ont manifestement pas perdu leur sens de l'humour! De mon côté, je me vois appuyé dans mon travail de photographe par Isabel (dont je vous ai déjà parlé dans l'album 1.06), arrivée entretemps à Lima en tant que volontaire pour un autre projet EcoPro au nord du Pérou. Une présence occidentale remarquée et suscitant des espoirs bien difficiles à assumer.
La situation semble avoir évolué dans le bon sens en une semaine, cela dit, et le message des autorités se veut optimiste... et motivateur, Mario martelant à qui veut l'entendre que rien ne pourra se faire sans la participation active des habitants eux-mêmes. La confiance est cependant de mise à ce sujet, la communauté et leurs représentants ayant fait montre à maintes reprises de leur détermination à coopérer étroitement avec la municipalité, en vue de l'amélioration de leurs conditions de vie, bien conscients que droits et devoirs sont étroitement liés.
Nous faisons ainsi le tour des différents quartiers, gratifiés à chaque fois d'une collation de bon aloi, jusqu'à ce qu'il convient d'appeler la "cérémonie officielle". Je pensais avoir atteint mes limites émotionnelles en prenant la parole à la demande de Jessica, d'une voix étranglée que même mes tout premiers étudiants n'ont jamais eu l'occasion d'entendre. C'était compter sans les demandes successives de trois jeunes femmes, à Isabel et moi-même, de devenir respectivement la marraine et le parrain de leurs bébés...! Une démarche à caractère avant tout symbolique (pas de jalousie, Nathan, tu restes mon filleul préféré! ;-)), sans doute, mais qui est évidemment loin de nous laisser e marbre. Notre accord timide est bientôt entériné, sous les applaudissements nourris de l'assistance. Une conclusion à la mesure de ces deux journées incroyables dont le souvenir restera à jamais gravé dans ma mémoire.
Liens
Blog d'Isabel: pour en savoir plus sur son voyage et sur son travail de volontariat au nord du Pérou
Blog d'EcoPro: pour en savoir plus sur les activités de cette organisation humanitaire suisse
P.S. Je me trouve actuellement à Bariloche (dans la région des lacs, en Argentine), après avoir quitté un Chili m'ayant globalement porté la poisse, exception (notable) faite de l'Ile de Pâques, tout simplement magique! La ville est agréable et très animée, en tant que destination touristique privilégiée des Argentins. Trek de trois jours dès demain dans les montagnes environnantes (avec Isabel, que le hasard a mise une dernière fois sur ma route avant son retour en Suisse, la semaine prochaine), avant de poursuivre mon bonhomme de chemin plus au sud, à la découverte de la Patagonie.
P.S. Il faudra vous satisfaire d'un seul nouveau chapitre, au lieu des deux promis (l'autre est en bonne voie). Car en plantant ma tente dans le jardin de Nelly, ici à Bariloche, je suis tombé sur une joyeuse ribambelle d'Argentins, jamais en rade quand il s'agit de faire la fête. Mes capacités rédactionnelles (qui laissaient déjà à désirer) en ont quelque peu souffert (retour dans ma modeste pénate à 7h30 ce matin...). :-p
23 décembre 2006
1.e. Avis de recherche!
Mise en ligne du message: sa 23 décembre 2006, 13h09
Un mois et demi sans donner de nouvelles, cela mérite quelques explications... J'ai en effet quitté le territoire péruvien le 20 novembre, et depuis, la Bolivie m'a transformé! De simple baroudeur, je suis devenu véritable aventurier, me laissant pousser barbe (j'en entends qui rigolent au fond) et cheveux. Le constat de conditions de vie inacceptables et d'un déséquilibre socio-économique flagrant a renforcé mes convictions socialistes, et j'ai depuis troqué mes lunettes contre un béret, sans oublier de me débarrasser de tous signes extérieurs de richesse. Mon appareil photo est logiquement passé à la trappe, mais un dernier auto-portrait a survécu au massacre. De piètre qualité, il ne fera sans doute pas date, mais je tenais quand même à vous donner un dernier témoignage en image (cliquez sur le lien ci-dessous):
Plus sérieusement, et sans porter atteinte à la mémoire de ce personnage particulièrement controversé qu'est Le Che, dont le mythe est cependant bien vivant en Bolivie (où il fut exécuté en 1967, je le rappelle), et dont j'ai d'ailleurs suivi les traces durant mon périple dans le sud du pays, je peux au moins vous rassurer sur le fait que je suis plus vivant que jamais! Bien rasé, et les cheveux fraîchement coupés, qui plus est. Après quelques semaines passées en Bolivie, je suis de retour à Arequipa pour passer "la Navidad" dans la famille m'y ayant accueilli deux mois plus tôt. Evidemment, vous ne pouvez pas le savoir, vu le sporadisme assez honteux de mes mises à jour ;-). Mais rassurez-vous, nouvelle année allant de pair avec bonnes résolutions, je compte réparer sous peu ces graves manquements!
En attendant, je vous fais de gros becs, ou une poignée de main virile, et vous souhaite à toutes et à tous de belles fêtes de fin d'année!
09 novembre 2006
1.d. La "Cordillera Blanca"
Mise en ligne du message: je 9 novembre 2006, 13h04
Mise en ligne de l'album 1.7: je 9 novembre 2006, 13h04
Apart from the range of Andes running along the Chile-Argentina border, the highest mountains in South America lie along the Cordillera Blanca and are perfectly visible from many spots. From Huaraz alone, you can see over 23 snow-crested peaks of over 5,000 m, of which the most notable is Huascarán (6,768 m), the highest mountain in Peru. Although the snowline is receding, the Cordillera Blanca still contains the largest concentration of glaciers found in the world's tropical zone and the turquoise-coloured lakes, which form in the terminal moraines, are the jewels of the Andes. Here also is one of Peru's most important pre-Inca sites, at Chavín de Huantar.
Source: South American Handbook 2006, p. 1294
Ca ne vous fait pas envie, une description pareille? Eh bien à moi si! Quand on aime la marche et la montagne, et c'est plus que jamais mon cas, faire l'impasse sur une telle région tient du sacrilège, d'autant plus que plusieurs habitants de Lima m'en avaient parlé en termes dithyrambiques.
C'est ainsi que, ni une ni deux, je fais mon paquetage et j'embarque le lundi 9 octobre pour huit heures de bus (un saut de puce, au Pérou) vers Huaraz, capitale du département d'Ancash et point de ralliement des randonneurs en tous genres. Je profite d'ailleurs du trajet, première excursion en dehors de la capitale, pour admirer les magnifiques paysages qui défilent sous mes yeux, succession de déserts de sable ou de rocaille, de côtes sauvages et de falaises abruptes. Mais je dois vite déchanter, car c'est justement ce moment-là que mon estomac choisit, après deux jours de digestion difficile (mais d'évacuation plutôt facile, si vous voyez ce que je veux dire...), pour rendre définitivement les armes. C'est donc dans un état très approximatif que je débarque à Huaraz, de nuit, avec mes 20 kilos sur le dos, sans endroit pour dormir, et avec passablement de problèmes à me faire comprendre de la population locale. Et c'est ainsi que je connais le premier (petit) coup de blues de mon voyage, sur les toilettes insalubres de la gare des bus. Joli tableau, n'est-ce pas :-D? Je reprends cependant vite mes esprits, juste après avoir remarqué l'absence de PQ (Stephan, toi qui voulais des détails... :-p), et pars à la recherche d'un toit pour la nuit. Par chance, je tombe sur deux sympathiques Norvégiennes qui, voyant ma mine déconfite et mon teint blanchâtre, me proposent leur aide. Je ne me fais pas prier pour les suivre à leur auberge (il est presque 22h00), où je m'affale dans le premier lit qu'on me propose. J'aurais pu moins bien tomber, étant donné qu'il s'agit d'une chambre individuelle, avec salle de bain, pour le prix raisonnable, même si supérieur à la moyenne, de 30 soles (soit environ 12 francs suisses).
Mes "petits" problèmes gastriques ont évidemment pour fâcheuse conséquence de remettre mes plans en question, moi qui prévoyais un trek (bien connu et unanimement conseillé) de quatre jours, avant mon retour à Lima le samedi matin 14 octobre, juste à temps pour la visite des bidonvilles. Au réveil, l'état n'est pas glorieux, et je me résigne donc à rester au lit, non sans m'en extirper quelques heures plus tard pour une timide balade dans les alentours. Huaraz est une petite ville de 80'000 habitants, animée (car touristique, mais très raisonnablement fréquentée à cette période de l'année) et plutôt agréable. Presque entièrement détruite par le tremblement de terre de mai 1970, elle ne présente pourtant aucun intérêt architectural.
Pour le programme du lendemain, au vu de ma petite forme, j'opte pour la facilité, à savoir une visite organisée du site pré-Inca de Chavín de Huantar (à trois heures de bus de Huaraz), déclaré patrimoine de l'humanité par l'UNESCO en 1985. Après l'achat d'une montre faisant office de réveil (pour 4 francs suisses, une fortune), je m'en retourne me coucher, le ventre vide, pour un bon tour d'horloge dans les bras de Morphée (non sans quelques interruptions, la poignée de coqs présents dans la basse-cour voisine souffrant manifestement d'insomnie). Et c'est avec un peu plus de couleurs que la veille que je me lève, pour une journée qui me laissera un sentiment mitigé, les beaux paysages et l'intérêt manifeste de la culture Chavín étant fortement modérés par cette désagréable sensation d'être pris pour un mouton au bas de laine bien fourni (attention, jeu de mots ;-)). C'était en effet la première fois que je me retrouvais ainsi dans un troupeau de touristes bien dociles et disposés à brouter à peu près tout ce qu'on leur proposait. J'ai très vite compris que ça serait aussi la dernière! Une autre satisfaction de la journée a quand même été ma rencontre avec Ryan, un Américain très sympathique et cultivé, avec qui j'ai parlé pendant des heures de politique extérieure ainsi que de nos pays respectifs (ce n'est pas le temps qui manquait, avec toutes ces inutiles haltes destinées à vous faire cracher vos dollars). Habitant Las Vegas, mais en déplacement professionnel à New York une partie de l'année, il m'a d'ailleurs proposé de m'y héberger, pour autant qu'il soit sur place lors de mon séjour dans la Grande Pomme: "small chance, but a chance nonetheless". We'll see!
A mon retour de Chavin, je me sens suffisamment bien pour, d'une part, réserver ma place pour les lagunas de Llanganucco, dans le parc Huascarán et, d'autre part, envisager l'ingurgitation d'un repas léger. Je m'installe donc dans une modeste auberge et commande une "sopa de pollo". Ma prononciation ne doit pas encore être des plus impeccables, puisque c'est une soupe (de légumes) ET un poulet qu'on m'apporte quelques minutes plus tard. J'attaque le poulet en me disant que ca sera au moins l'occasion de récupérer quelques forces avant l'excursion du lendemain, quand j'aperçois, à quelques mètres de moi, sur le trottoir tout proche, un vieillard piteux et fatigué; curieux, aussi, car sans quémander quoi que ce soit, il n'en jette pas moins des regards furtifs mais envieux sur les tables avoisinantes. Après quelques minutes d'hésitation, je capte l'une de ses oeillades et l'invite d'un geste à ma table. Il ne se fait pas prier, et c'est avec un plaisir non dissimulé qu'il se jette sur le potage fumant que je lui tends. Le poulet, auquel je n'ai quasiment pas touché, prend bientôt le même chemin, et c'est à mon tour d'éprouver beaucoup de satisfaction et une certaine émotion à voir cet homme reprendre des couleurs au fur et à mesure de son repas, et relever de temps en temps la tête pour me sourire de ses dents noircies, avec un petit hochement de tête en guise de remerciement. Juste avant que je ne le laisse à son repas improvisé, il me prend affectueusement la joue de sa main cailleuse, et prononce péniblement quelques mots dans une langue que je ne comprends pas, probablement du quechua. Bien conscient de ne pas avoir réglé le problème de la faim dans le monde, c'est tout de même l'âme un peu plus légère (mais le ventre toujours vide) que je vais me coucher ce soir-là.
C'est plein d'entrain que je me lève le lendemain, mon horloge interne ayant heureusement suppléé celle un peu faiblarde de ma montre dernier cri. Après un déjeuner léger (mais un déjeuner tout de même, cela mérite d'être signalé), je m'en vais rejoindre Ryan au rendez-vous fixé par l'agence. Après avoir avec amusement constaté la légendaire efficacité péruvienne, nous partons une bonne heure plus tard pour les fameux lacs, situés dans le parc national Huascarán, de la montagne du même nom. S'ensuivent une pause obligée chez le copain bistrotier (il faut dire qu'on était très fatigués, après 45 minutes de bus...), puis sur le site de Yungay, une ville complètement enterrée par le séisme de 1970, et enfin à Carhuaz, petite cité envahie par les vendeurs de bibelots en tous genres (comme de bien entendu). Nous arrivons enfin à destination. J'avais cette fois-ci tout de même pris les devants, en annonçant à l'agence mon intention de ne revenir à Huaraz qu'avec le bus du lendemain. C'est donc avec un véritable soulagement que j'abandonne les bovidés à leur pâture et que j'entreprends la découverte en solo de ces lieux qui, j'en suis sûr, ne dévoilent leurs beautés qu'à qui les mérite.
Après deux heures de marche en bordure des lacs (nommés Chinancocha et Orconcocha, et situés à respectivement 3'850 et 3'863 mètres d'altitude), je quitte enfin la route (à peine carrossable, cela dit) et prends un peu de hauteur, au milieu d'un paysage dont je commence enfin à deviner le potentiel. Derrière moi, l'imposant Huascarán s'est en partie débarrassé de l'épaisse couche nuageuse qui le recouvrait jusque là, et je ne peux, malgré la nuit tombante, m'empêcher de rester bouche bée devant ce monstre de roche et de glace. Il est temps d'installer le campement, et je décide de ne pas déballer ma tente, les imposants cumulus présents au-dessus de ma tête ne me semblant pas trop menaçants, et ayant tendance à se disperser. De quoi mettre mon matelas et mon sac de couchage à l'épreuve des montagnes péruviennes, après celles un peu moins exotiques du canton de Fribourg (et notamment le Vanil Noir, n'est-ce pas Pascal? ;-)). Je m'installe donc au milieu de cette nature certes sauvage, mais loin d'être hostile, et prends le parti d'admirer l'éclatante voûte céleste, maintenant presque entièrement dégagée, qui se présente à mes yeux. Quel bonheur de me rendre compte, une seconde après cet amusant réflexe de "nordiste" consistant à vouloir immédiatement repérer la Grande Ourse, que toutes ces étoiles sont nouvelles pour moi! Et incroyablement nombreuses, l'altitude ainsi que la pureté du ciel du sud rendant leur distinction plus aisée.
Je m'endors finalement vers 19h30, non sans avoir fait un voeu à chaque fois qu'une traînée lumineuse venait à déchirer le ciel (à vrai dire, c'était à chaque fois le même, mais vous n'en saurez pas plus :-p !). Et c'est persuadé d'avoir passé une bonne nuit de sommeil que je me réveille, motivé comme jamais, jusqu'à ce que je constate qu'il n'est en réalité que 23h30... et que le brouillard s'est levé. Mille sabords, aurait dit Haddock! Je ne me rendormirai qu'à l'aube, non pas à cause du froid, mais de l'indescriptible état d'excitation dans lequel je me trouve.
L'objectif de la journée (ou devrais-je dire de la matinée, puisque le retour au bus est fixé à 14h00 déjà) est un petit lac d'altitude (un peu plus de 4'600 mètres) curieusement nommé "Laguna 69" (ne me demandez pas pourquoi). Il fait plutôt beau, et je prends la sage décision de n'emporter que mon petit sac avec moi, m'épargnant ainsi une bonne dizaine de kilos, mais sans oublier le chapeau, l'indispensable crème solaire, l'eau, les petits beurres et l'appareil photo. Je pars en conquérant à la recherche de ce lac que je n'imagine qu'à une heure et demie de marche environ (après les quatre heures de la veille). Il m'en faudra plus de trois, mais quel émerveillement de chaque instant! De hauts plateaux verdoyants, surplombés par des falaises abruptes, à la noirceur tranchant avec les neiges éternelles de quelques-uns des plus hauts sommets andins, se reflétant elles-mêmes dans les eaux pures et turquoises du lac qu'elles nourrissent. Rajoutez-y le murmure reposant d'une cascade ou d'un ruisseau tout proche, le gazouilli inédit mais mélodieux d'oiseaux dont je n'ai aucune idée du nom, et le hennissement sporadique de chevaux à moitié sauvages, le tout affranchi de toute présence humaine (mise à part la mienne), et vous aurez une idée un tant soit peu précise de ce véritable paradis terrestre, auquel les quelques photos ci-jointes (album 1.7) ne rendent assurément pas justice.
Un paradis qu'il a effectivement fallu mériter, parce qu'au-delà de ma convalescence et de ma diète forcée, et malgré l'absence de symptômes liés au "soroche", ou mal de l'altitude (maux de tête, vomissements), les effets de cette dernière se sont tout de même fait ressentir... Bien étrange sensation que celle de sentir ses efforts limités, une fois pas coutume, non pas par des jambes fatiguées, mais par des capacités respiratoires fortement diminuées, et par un coeur battant plus que jamais la chamade.
Le retour au campement, tout en descente, sera sans surprise beaucoup plus facile, accompagné de surcroît par trois sympathiques Genevoises (et leur guide) ayant passé la pire nuit de leur vie au pied du glacier, avec un équipement prêtant effectivement à sourire. A ces heures moins matinales (il est presque 11h00), nous croisons une floppée de randonneurs tout dépités d'apprendre qu'il leur reste au bas mot deux heures de marche avant la délivrance. Je rassemble mes affaires et, le temps venant à me manquer, repart de suite d'un bon pas. Sous le poids des efforts déjà consentis, et de mon paquetage à nouveau complet, mes jambes se font bientôt lourdement sentir, et je suis plutôt heureux, à environ une heure de marche du but, de voir une voiture s'arrêter à ma demande. Il s'agit d'un adorable couple de locaux qui, non contents d'épargner mes pieds endoloris, m'offrent quelques fruits dont je ne fais qu'une bouchée.
Un peu en avance sur l'horaire, du coup, je profite de l'heure (deux et demie, en réalité, suite au retard du bus) encore à ma disposition pour avaler des protéines et des glucides bienvenus, me reposer, et revoir les photos de ces intensives dernières 24 heures. Je fais également plus ample connaissance avec Claudia, une Saint-Galloise, et son prof d'espagnol Carlos (ces deux ont manifestement mélangé travail et plaisir ;-)), déjà croisés la veille à Chavin. Et c'est dans un bus rempli de collégiens (de Tacna, près de la frontière chilienne) que j'effectue le retour vers Huaraz, assis à côté de la psychologue du groupe, ce qui nous aura valu des pouffements et des crépitements de flash pendant tout le trajet ;-).
A peine arrivé à Huaraz qu'il est déjà temps, ou presque, de prendre le bus de nuit pour Lima, avec en point de mire une journée pas comme les autres, et dont je vous raconterai le déroulement lors du prochain épisode (en essayant d'être moins long, promis!)...
P.S. Je me trouve actuellement à Cusco, capitale inca, et je pars demain pour un trek de cinq jours vers le Machu Picchu. Pour autant que la météo le permette, cela dit, les pluies abondantes de ces derniers jours ayant provoqué un glissement de terrain dans la région concernée, bloquant l'accès du bus et décalant du même coup mon départ d'un jour.
25 octobre 2006
1.c. Lima
Mise en ligne du message: ve 20 octobre 2006, 20h48
Mise en ligne des albums 1.1, 1.2, 1.3 et 1.4: ve 20 octobre 2006, 20h48
Mise à jour du message: me 25 octobre 2006, 12h44
Mise à jour des albums 1.1 et 1.2: ve 27 octobre 2006, 19h33
Mise en ligne des albums 1.5 et 1.6: ve 27 octobre 2006, 19h33
Lima, fondée en 1535 par le célèbre conquistador espagnol Francisco Pizarro, se dresse sur les deux rives du Río Rímac. Elle fut la capitale de l'empire espagnol d'Amérique du Sud avant de devenir celle du Pérou, une fois l'indépendance du pays acquise. A tel point que peu de villes du Vieux Continent pouvaient rivaliser, aux 17e et 18e siècles, avec la puissance et la richesse de celle qu'on appelait alors La Ciudad de Los Reyes.
Aujourd'hui, Lima est une métropole de huit millions d'habitants, et ses problèmes sont ceux d'une capitale ayant vite et mal grandi, dans un pays en voie de développement: pollution, congestion, insécurité et pauvreté extrême.
La pollution saute aux yeux (le smog) autant qu'aux narines, et le premier trajet en taxi vous met très vite au parfum... Quinze jours sur place, et je ne suis pas arrivé à m'y faire. Cela dit, si le soleil avait durant mon séjour souvent de la peine à percer la couche brunâtre recouvrant la ville, il faut tout de même savoir que le brouillard "hivernal" caractéristique de l'endroit (et naturel, lui) y était aussi pour quelque chose.
Quant aux problèmes de mobilité, inutile d'être géographe pour qu'ils vous interpellent au plus haut point! Il faut savoir que Lima ne possède aucun métro, et que les transports en commun se résument à des minibus (à l'état souvent improbable) dont les exploitants privés haranguent les píétons à leur passage. Bien que bon marché, ils n'en sont pas moins lents (aucune voie prioritaire!), mal organisés (aucun horaire, et peu d'arrêts officiels) et plutôt aléatoires. Dans ces conditions, ce sont les taxis qui sont à la fête, d'autant plus que n'importe qui peut s'improviser chauffeur. Je me suis d'ailleurs amusé à faire une petite statistique assez édifiante, en comptant une moyenne de 4 à 5 taxis pour 10 véhicules! Des taxis plutôt chers pour la population locale, et dont les tarifs passent facilement du simple au double pour les gringos comme vous et moi. Pendant ce temps, la municipalité fait preuve d'un merveilleux sens des priorités, en aménageant par exemple un parc d'agrément comportant de gigantesques fontaines synchronisées et musicales destinées avant tout au divertissement des... touristes.
L'insécurité est également une thématique récurrente. Personnellement, je tiens à signaler que je ne me suis pas senti menacé une seule fois, mais il n'y a qu'à tendre l'oreille et regarder autour de soi pour comprendre qu'il s'agit bien là d'un souci permanent: les maisons sont toutes barricadées derrière des ferrures qui ne sont pas uniquement à usage esthétique; il en va de même pour la plupart des commerces, et certains d'entre eux (comme "mon" café internet) n'ouvrent leur grille qu'à la demande du client; les policiers et/ou les securitas pullulent littéralement dans les lieux touristiques, près des banques ou à l'entrée des magasins; ce qui n'empêche pas l'utilisateur de taxi d'avoir comme premier réflexe non pas d'attacher sa ceinture, mais de s'enfermer de l'intérieur. De plus, foin de légendes urbaines, j'ai eu mon lot d'histoires de vol, braquage ou même kidnapping survenues dans l'entourage direct de Jessica. De mon côté, je suis malgré tout passé d'un comportement presque paranoïaque à une attitude (très) prudente mais néanmoins détendue, ce qui n'a pas manqué d'avoir des effets bénéfiques sur l'appréciation de mon séjour.
La pauvreté extrême de Lima, enfin, sera le sujet d'un prochain message, étant donné que j'ai eu la chance (dans la mesure où l'on ne va dans ce genre d'endroit que si l'on y est invité) et surtout la grande émotion d'y visiter les "quartiers spontanés" (selon l'appellation officielle des Nations Unies), plus vulgairement connus du grand public sous le nom de "bidonvilles".
Une expérience bouleversante qui n'aurait pas été possible sans la gentillesse et l'extrême obligeance de Jessica, qui non contente d'être avant tout mon hôte, s'est tour à tour transformée en traductrice, guide, et amie, pour deux semaines riches en découvertes, rencontres, et palpitations. A vrai dire, j'ai débarqué le trois octobre dans une maison fêtant l'anniversaire (le même jour que moi!) du paterfamilias, sur simple recommandation d'une amie (merci Julia!), sans que je n'en connaisse aucun de ses occupants, et sans parler un seul mot d'espagnol... J'y ai été tellement bien recu que j'y suis resté deux semaines au lieu des deux jours initialement prévus :-). Ces circonstances assez exceptionnelles m'ont sans doute aussi permis de découvrir Lima avec un autre regard que celui du touriste de passage. Car Lima est une ville étonnante, une ville de contrastes et d'extrêmes, avec ses trésors d'architecture côtoyant les bidonvilles, son quartier résidentiel haut de gamme surplombant le port de pêche traditionnelle (album 1.3), ses facades coloniales superbes masquant des arrières-cours délabrées, ses plages bordées d'autoroutes, et le sourire de ses miséreux. Je ne peux pas vraiment dire que j'ai aimé Lima, mais j'ai aimé la connaître, et tenter de la comprendre, sans a priori et sans jugement à l'emporte-pièce. J'ai fait la connaissance de quelques-uns de ses habitants, aussi, de milieux sociaux très différents, mais avec comme point commun le sens de l'accueil et du partage: de belles rencontres, que je ne suis pas près d'oublier (album 1.6)! J'ai suivi Jessica dans ses passionnantes activités professionnelles (coopération et Nations Unies). Je me suis délecté des spécialités locales (album 1.2), remettant mes velléités de régime à plus tard ;-). Je me suis baigné dans le Pacifique (qui porte plutôt mal son nom!), au milieu des dauphins que j'ai pu rejoindre à la nage (aidé d'une planche de surf, faut pas déconner), ou presque. J'ai fait la fête (car les Péruviens savent la faire), dansé et ri (album 1.5). J'ai eu le ventre noué, aussi, et les yeux humides, choqué sans être vraiment surpris.
Que de moments forts, déjà, et de souvenirs dans ma petite tête!
Au final, je pense surtout avoir saisi un fragment de la réalité péruvienne, et atteint l'un des buts de mon voyage à peine celui-ci commencé. Une belle entrée en matière, ma foi, qui je l'espère connaîtra une suite du même acabit.
20 octobre 2006
1.b. Un mauvais rêve?
Mise en ligne du message: ve 20 octobre 2006, 20h42
La Terre a tremblé au Pérou et en Turquie
BERNE - Un séisme de magnitude 5,2 sur l'échelle ouverte de Richter a eu lieu dans le nord-ouest de la Turquie. Elle a été ressentie jusqu'à Istanbul. Les secousses n'ont pas fait de victimes, mais auraient provoqué quelques scènes de panique.
Plus tôt dans la journée, un autre séisme d'une magnitude de 6,4 degrés avait secoué le Sud du Pérou. Aucun dommage corporel n'a été signalé. La secousse a été ressentie jusque dans la région de Lima et dans le centre du pays. L'épicentre du séisme a été localisé à une profondeur de 40 km dans l'océan Pacifique, à 100 km à l'ouest de la localité de Pisco (200 km au sud de Lima).
Source : SDA-ATS News Service
Cette nuit, la Terre s'est réveillée, et nous avec! Une longue (au moins 30 secondes) et puissante secousse dont le souvenir un peu flou, au réveil, m'a fait me demander si je n'avais pas simplement rêvé. Eh bien non! Plus de peur que de mal, heureusement, car il n'en a pas toujours été de même dans ce pays situé dans la ceinture de feu du Pacifique et donc particulièrement exposé aux catastrophes de ce genre. C'est ainsi que 66'000 personnes trouvèrent la mort en 1970 dans le département d'Ancash, celui-là même où je me trouvais il y a moins d'une semaine.















